Examen de la réfraction chez un enfant en cabinet d'ophtalmologie, réalisé après instillation d'un collyre

Skiacol ou atropine : quel collyre pour la cycloplégie de l’enfant ?

En bref

Chez l’enfant, mesurer la vraie correction impose de mettre l’accommodation au repos avec un collyre cycloplégique : le Skiacol (cyclopentolate) à partir d’1 an, l’atropine dans les cas plus difficiles : les enfants de moins de 1 an, les strabismes et les fortes corections.

Avant 1 an, le Skiacol est contre-indiqué : l’atropine est alors le collyre de la cycloplégie. Or l’atropine 0,3 %, longtemps réservée aux tout-petits, n’est plus commercialisée depuis fin 2025.

Pour les moins de 3 ans, il faut désormais utiliser l’atropine 0,5 % (5 mg/ml), à raison d’une goutte par œil et par jour, au maximum. Cet article fait le point.

Dr Charlotte Pallot – Ophtalmologue pédiatrique

Pourquoi un collyre avant de mesurer la vue d’un enfant ?

Un enfant accommode énormément : jusqu’à 14 dioptries chez le tout-petit. Sans collyre, il « rattrape » une partie de son hypermétropie en faisant la mise au point, et la mesure est faussement normale. La cycloplégie met cette accomodation au repos pour mesurer la réfraction réelle. J’en ai détaillé l’intérêt, avec deux cas cliniques, dans l’article sur la cycloplégie en ophtalmologie pédiatrique.

Seuls deux collyres bloquent vraiment l’accommodation : le cyclopentolate (Skiacol) et l’atropine. Le tropicamide (Mydriaticum) dilate bien la pupille pour un fond d’œil, mais sa cycloplégie est incomplète : il ne suffit pas pour mesurer la réfraction d’un enfant.

La cycloplégie est indispensable chez l’enfant lors de la première mesure de la vue. Chez les enfants à risque de trouble visuel (antécédents familiaux, prématurité, craniosténose…), une réfraction sous cycloplégique est recommandée entre 12 et 15 mois. Dans ce cas le skiacol est tout indiqué. En cas de strabisme, de forte correction (amétropie) ou chez l’enfant de moins de 1 an, c’est l’atropine qui est indiquée.

Le Skiacol, collyre de référence à partir d’1 an

Le Skiacol 0,5 % (cyclopentolate) est le cycloplégique de routine en consultation : il agit en 1 heure et peut donc être utilisé le jour de la consultation ce qui est particulièrement intéressant pour les familles qui viennent régulièrement de loin pour consulter un ophtalmologue capable d’examiner les jeunes enfants et son effet dure moins longtemps que celui de l’atropine.

  • Âge : à partir d’1 an. Il est contre-indiqué avant 1 an.
  • Forme : unidoses de 0,5 ml. C’est aujourd’hui la seule présentation listée dans la base publique des médicaments.
  • Dose :
    • Selon l’ANSM / Vidal (AMM) : De 1 à 3 ans, une seule goutte dans chaque œil. Après 3 ans, une seule goutte, suivie d’une seconde 10 à 30 minutes plus tard uniquement si la pupille n’est pas assez dilatée.
    • Selon le Rapport de la SFO : Dès l’âge de 1 an, instillation de 2 à 3 gouttes espacées de 10 à 15 minutes pour obtenir un blocage complet et fiable de l’accommodation.
  • Délai : l’examen se fait environ 45 à 60 minutes après les gouttes. L’effet est mesurable entre 30 minutes et 1h15 après l’instillation des gouttes.
  • Protocole de terrain : une seule goutte est très souvent insuffisante. Cependant comme il s’agit du protocole recommandé par le vidal c’est celui qui sera conseillé aux parents par les pharmaciens. Ne soyez donc pas srupris de recevoir des appels des pharmacies lorsque vous prescrivez plus d’une goutte de cyclopentolate. En pratique 2 gouttes à 10 minutes d’intervalle est un protocle effiace tout en étant sûr et permet d’être couvert puisqu’il s’agit du protocole conseillé par nos sociétés savantes.

Disponibilité :

Le Skiacol peut parfois être en situation de tension d’approvisionnement en pharmacie de ville depuis octobre 2023. Il est possible de faire une commande en gros pour les cabinets d’ophtalmologie qui souhaitent l’utiliser en consultation en évitant aux patients d’aller en charcher à la pharmacie, ceci permet de limiter le risque de retard de prise en charge en cas de tensin d’approvisonnement.

Ses limites :

Chez un enfant très hypermétrope, strabique ou à iris foncé, le Skiacol peut sous-estimer l’hypermétropie, dans ce cas un examen sous atropine est nécéssaire. Certains enfants sont réfrataires au skiacol, il n’y a que peu de moyen de s’en rendre compte : le plus important : une évolution inhabituelle de sa vision doit faire remetre en cause la mesure de la réfracion et faire penser à utiliser l’atropine.

L’atropine, plus puissante mais plus contraignante

L’atropine donne la cycloplégie la plus complète. Elle est le gold standart pour la cycloplégie. Elle ne s’instille pas au cabinet : ce sont les parents qui la mettent à la maison, plusieurs jours avant le rendez-vous. Son effet dure longtemps : la pupille reste dilatée 7 à 10 jours après l’arrêt.

C’est aussi le collyre qui demande le plus de prudence : une goutte passe en partie dans le sang par les voies lacrymales, et l’organisme d’un petit enfant y est très sensible. Le contenu d’un flacon d’atropine avalé peut être mortel pour un enfant. Il faut donc toujours le ranger hors de portée.

Avant 1 an : l’atropine, avec un nouveau dosage

C’est la situation qui a le plus changé. Avant 1 an, le Skiacol est contre-indiqué. Quand un nourrisson a besoin d’une mesure de réfraction, par exemple pour un strabisme, une suspicion de forte hypermétropie, une anisométropie ou un nystagmus, l’atropine est le collyre de la cycloplégie.

Ce qui a changé

Pendant des années, on prescrivait l’atropine 0,3 % (Atropine Alcon) aux enfants de moins de 3 ans. Ce dosage n’est plus commercialisé depuis décembre 2025 : son conservateur contenait un dérivé du mercure, désormais interdit par la convention de Minamata. Aucun équivalent à 0,3 % n’existe. Les dosages 0,5 % et 1 % ont été remplacés par des collyres importés d’Espagne, sans mercure : Colirofta atropina 5 mg/ml et 10 mg/ml.

En concertation avec la Société française d’ophtalmologie et le conseil national professionnel d’ophtalmologie, l’ANSM indique que l’atropine 0,5 % peut être utilisée avec prudence chez les nourrissons et les enfants de moins de 3 ans, à condition de ne pas dépasser une goutte par œil et par jour.

Attention à l’étiquette

Les nouveaux flacons sont étiquetés en mg/ml et non plus en pourcentage. L’ANSM a alerté en mars 2026 sur le risque de confusion et de surdosage. Les anciens flacons Alcon peuvent encore traîner dans les pharmacies et les armoires familiales jusqu’à leur péremption, en mars 2027.

Sur le flaconÉquivaut àChez l’enfant
Colirofta atropina 5 mg/mlatropine 0,5 %possible avant 3 ans, 1 goutte par œil et par jour au maximum
Colirofta atropina 10 mg/mlatropine 1 %réservée à partir de 12 ans, jamais chez le tout-petit
Atropine 0,3 %—n’est plus commercialisée

Sur l’ordonnance, j’écris les deux unités, par exemple « atropine 0,5 % (5 mg/ml) ».

Comment je prescris l’atropine avant 1 an

  • Une goutte dans chaque œil, une fois par jour, jamais plus.
  • Pendant 5 jours environ avant le rendez-vous, le dernier jour inclus.
  • Ches les jeunes enfants au phototype très clair je conseille de n’utliser l’atropine que 3 jours avant le rendez-vous.
  • Chez les enfants épileptiques : l’atropine en tant que principe actif n’est pas pourvoyeuse d’épilepsie, cependant, du fait de la photosensibilité qu’elle apporte elle peut décompenser des épilepsies non équilibrées ou des épilepsies photosensibles. Les neuropédiatres recommendent donc d’éviter l’utilisation de l’atropine chez les enfants dont l’épilepsie n’est pas stabilisée. N’hésitez pas à prendre un avis neuropédiatrique si vous avez un doute.
  • Le jour de l’examen, la mesure se fait sans attente supplémentaire. La pupille restera dilatée pendant plusieurs jours, parfois jusquà 10 ou 15 jours. Il est important de prévenir les parents qu’un strabisle peut etre révélé ou plus visible pendant cette période.

Les bons gestes à apprendre aux parents

  • Vérifier le flacon : « 5 mg/ml » ou « 0,5 % », jamais 10 mg/ml ni 1 %.
  • Allonger le bébé, tirer doucement la paupière du bas et déposer une seule goutte, sans toucher l’œil avec l’embout.
  • Appuyer ensuite une minute avec le doigt dans le coin interne de l’œil, près du nez, pour limiter le passage dans le sang.
  • Essuyer le surplus qui coule sur la joue, puis se laver les mains.
  • Si la goutte est ratée, ne pas en remettre une autre le même jour.
  • Ranger le flacon hors de portée de l’enfant, et ne jamais le donner à un frère ou une sœur.

Les signes qui doivent alerter

Une rougeur du visage, une bouche sèche ou une pupille dilatée sont attendues. Aussi, il faut arrêter l’atropine et appeler sans attendre un médecin, un pharmacien ou le centre antipoison si l’enfant présente :

  • de la fièvre, un cœur qui bat vite ;
  • une agitation inhabituelle, des pleurs inconsolables, une confusion, ou au contraire une somnolence ;
  • des vomissements, un ventre gonflé, une constipation ;
  • des convulsions, qui imposent d’appeler le 15.

En cas de goutte en trop ou de flacon avalé, rincer l’œil abondamment et appeler immédiatement le 15 ou le centre antipoison.

En résumé, quel collyre à quel âge ?

ÂgeCollyre de la cycloplégieComment
Moins d’1 anAtropine 0,5 % (5 mg/ml)1 goutte par œil et par jour, 5 jours avant le RDV Skiacol contre-indiqué
De 1 à 3 ansSkiacol 0,5 %, ou atropine 0,5 % si besoinSkiacol : 1 à 2 gouttes par œil.
Atropine : 1 goutte par œil et par jour au maximum, 5 jours avant le RDV
De 3 à 11 ansSkiacol 0,5 %, ou atropine 0,5 %Skiacol : 1 à 2 gouttes par œil.
Atropine : 2 gouttes par œil et par jour au maximum, 5 jours avant le RDV

Cet article s’adresse aux professionnels de santé et ne remplace ni l’avis de l’ophtalmologiste, ni la notice du médicament. Les posologies sont celles des résumés des caractéristiques du produit et des recommandations de l’ANSM et du rapport SFO en vigueur en octobre 2026.

Sources

Pour aller plus loin

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Prochaine session : 4 déc. 2026, Dijon

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