La cycloplégie en ophtalmologie pédiatrique

Cycloplégie, accommodation, enfant

Utilisons la cycloplégie en ophtalmologie pédiatrique.

Cycloplégie, accommodation, enfant

Dans le monde de l’ophtalmologie pédiatrique (ophtalmo-pédiatrie), la cycloplégie est une technique fondamentale mais souvent sous-estimée. Deux récentes consultations m’ont rappelé l’importance cruciale de cette méthode. Elle permet d’obtenir des résultats de réfraction précis et optimiser les soins pour nos patients, surtout les plus jeunes.

La cycloplégie : Un élément clé dans l’évaluation de la réfraction
chez les enfants

En quoi consiste exactement la cycloplégie ? Il s’agit d’un processus visant à bloquer l’accommodation, le mécanisme naturel de l’œil qui permet de focaliser sur des objets. Pourquoi est-ce si important ? Parce que chez les jeunes enfants, l’accommodation peut atteindre jusqu’à 14 dioptries, ce qui peut fausser les mesures de réfraction si elle n’est pas bloquée.

Il existe deux principaux types de collyres utilisés dans la cycloplégie : l’atropine et le skiacol (cyclopentolate). L’atropine, à une concentration de 0,3 % jusqu’à l’âge de 3 ans et de 0,5 % par la suite, est la plus fiable.

Cependant, elle nécessite une instillation matin et soir pendant 5 jours avant le rendez-vous pour assurer un blocage adéquat de l’accommodation. Le skiacol, quant à lui, peut être utilisé à partir de l’âge d’un an et ne nécessite que 1 à 2 gouttes une heure avant l’examen.

Il est important de noter que les deux collyres ont des effets secondaires temporaires. Notamment la dilatation de la pupille, ce qui peut entraîner une sensibilité à la lumière et des difficultés de vision de près. Ces effets peuvent durer jusqu’à une journée pour le skiacol et plusieurs jours pour l’atropine.

Exemple 1 : Une amblyopie récalcitrante

Un de mes collègues ophtalmologistes m’a récemment consulté pour un cas complexe : un enfant de 4 ans souffrant d’une amblyopie tenace. Malgré des tentatives de correction avec des lunettes de +1.50 et +2.50 et des séances de rééducation d’amblyopie par occlusion, les progrès étaient minimes. Son acuité visuelle, à 4/10 à gauche contre 10/10 à droite, nécessitait une solution efficace.

 

Après une analyse attentive, j’ai suggéré une cycloplégie à l’atropine. En effet, contrairement au cyclopentolate (utilisé précédemment), l’atropine offre un blocage de l’accommodation plus stable. L’atropine assure des mesures de réfraction plus fiables malgré son application plus contraignante sur plusieurs jours.

 

Sous atropine, une correction de +4,50 à gauche a été identifiée, mettant en évidence l’efficacité partielle du skiacol. Aussi en combinant le port de la correction optique totale (COT) réalisée sous atropine avec une occlusion, nous sommes optimistes quant à une amélioration future de l’acuité visuelle.

 

Cette expérience souligne l’importance de la cycloplégie dans les cas complexes. Elle rappelle que même lorsque les méthodes plus simples échouent, des alternatives comme l’atropine peuvent apporter des solutions.

 

Exemple 2 : Des enseignements tirés d’une erreur

Voici une récente consultation avec une enfant de 8 ans. Elle a mis en lumière mes propres lacunes dans l’utilisation de la cycloplégie. Cette jeune patiente, déjà vue deux ans auparavant sans prescription de correction, supportait +0.50 des deux côtés et avait 10/10 des deux côtés sans difficulté et sans signe fonctionnel. Cette fois elle présentait des difficultés visuelles et elle avait un chalazion. Son acuité visuelle atteignait laborieusement 10/10.

Un examen minutieux sous skiacol révéla une hypermétropie de +1.75 / +1.50 non détectée auparavant.

Je lui ai prescris des lunettes de +1.00 / +0.75.

 

Avec du recul, j’aurais dû opter dès la première consultation pour une cycloplégie. Une cycloplégie sous skiacol, ce qui aurait permis de détecter plus tôt l’hypermétropie latente et d’améliorer le confort de l’enfant.

 

Cette expérience m’a rappelé l’importance de ne pas sous-estimer l’utilisation de la cycloplégie. Même dans des cas apparemment simples, l’utilisation de la cycloplégie est à envisager.

 

Que retenir ?

Ces deux cas illustrent l’importance de la cycloplégie en ophtalmologie pédiatrique. Elle est essentielle dans les cas complexes, comme l’amblyopie. De plus, elle est aussi importante pour des situations plus simples nécessitant une réfraction précise. Une utilisation appropriée de la cycloplégie optimise le diagnostic. Elle peut transformer le pronostic visuel des jeunes patients.

 

Conclusion

Enfin, soulignons que la cycloplégie est une étape indispensable dans l’évaluation de la réfraction chez les enfants.