Pourquoi le dépistage visuel chez les enfants doit-il se faire avant 6 ans ? 

Dépistage visuel avant 6 ans

Résumé : L’amblyopie chez l’enfant, aussi appelée « œil paresseux », est un trouble du développement visuel qui peut devenir irréversible sans traitement adapté. Avant 6 ans, la plasticité neuronale est maximale, rendant cette période cruciale pour détecter et corriger les anomalies de la vision. Un dépistage précoce permet d’identifier les facteurs de risque comme le strabisme ou une différence de réfraction entre les deux yeux. Des examens à la naissance, puis entre 12-18 mois et vers 3-4 ans, sont essentiels pour prévenir l’amblyopie infantile. Découvrez pourquoi ce dépistage est une priorité et quelles solutions existent pour protéger la vision des jeunes enfants.

Le dépistage visuel des enfants de moins de 6 ans

Temps de lecture estimé : 5 min

Introduction

Saviez-vous que la vision d’un enfant se construit essentiellement durant ses premières années de vie ? 

 

Le développement visuel repose sur une période critique qui s’étend de la naissance à environ 12 ans avec un pic vers 6 ans, en suivant cette courbe :

Graphique représentant l'évolution de la plasticité cérébrale en fonction du temps, avec un pic correspondant à la période sensible du développement visuel. Cette période est cruciale, car le risque d'amblyopie est maximal en cas d'altération de l'expérience visuelle, mais la réversibilité est également plus élevée. Les points de début et de fin de la période sensible sont indiqués, illustrant la diminution progressive de la plasticité après le pic.
(Rapport SFO strabisme)

Au-delà de cet âge, les possibilités de correction des troubles visuels diminuent considérablement. Il est donc essentiel d’identifier et de traiter rapidement défauts visuels, organiques (pathologies comme la cataracte congénitale, le ptosis, le strabisme…) ou fonctionnelles (amétropie, anisométropie, hypermétropie, astigmatisme, myopie…) pour assurer un développement optimal de la vision.

Décryptons ensemble pourquoi ce dépistage est indispensable et quelles en sont les implications cliniques.

Le développement visuel de l'enfant : une course contre la montre 

La maturation du système visuel chez l’enfant suit une chronologie précise physiologiquement et biochimiquement connue. À la naissance, la vision est floue et l’acuité visuelle est limitée par immaturité du cortex visuel primaire dans l’aire V1. Au fil des mois et des interactions visuelles, le cortex visuel, en particulier l’aire V1 du cortex visuel primaire, améliore progressivement sa capacité à analyser les images par développement neuronal.

Il est crucial que les images soient perçues de manière nette sur la rétine, ce qui implique de corriger toute anomalie oculaire, qu’elle soit organique ou fonctionnelle. Cela permet au niveau du cortex visuel primaire, aux neurones correspondant à chaque œil ainsi qu’aux neurones binoculaires, de se développer correctement jusqu’à la fin de la période sensible.

Ce processus de maturation au niveau cortical est soutenu par un processus biochimique : la levée de l’inhibition des neurones gabaergiques, favorisant ainsi l’activation neuronale. Les travaux passionnants de Chantal Milleret décrivent en détail toutes ces étapes de maturation.

Entre 0 et 6 ans, la plasticité neuronale du cortex visuel est à son apogée. Cela signifie que toute stimulation visuelle ou, à l’inverse, toute privation, a un impact majeur sur la vision future de l’enfant. Une correction tardive des troubles visuels risque donc d’aboutir à une vision définitivement altérée : l’amblyopie.

L'amblyopie : un trouble silencieux mais redoutable

L’amblyopie, souvent appelée « œil paresseux », est l’une des principales causes de baisse de vision chez l’enfant. Elle se développe lorsque l’un ou les deux yeux ne reçoit pas une stimulation visuelle optimale pendant la période critique. Cette condition peut être due à plusieurs facteurs :

  • Un strabisme (alignement anormal des axes visuels) entrainant une suppression
  • Une anisométropie (différence de réfraction entre les deux yeux) entrainant une privation
  • Un obstacle visuel (ptosis, cataracte congénitale…) entrainant une privation

Non traitée à temps, l’amblyopie entraîne une mauvaise vision irréversible, car le cortex visuel, passé la période critique n’a plus la capacité de maintenir l’inhibition gabaergique nécessaire au développement cortical visuel pendant la période sensible : les portes du cortex visuel sont comme fermées, il n’est plus possible de développer de la vision.

Bon à savoir : Les neurosciences ont démontré que la plasticité corticale reste exploitable jusqu’à 12 ans environ. Néanmoins, la récupération est bien meilleure lorsque la prise en charge est initiée avant 6 ans !

L'importance du dépistage précoce

Un dépistage visuel précoce permet de détecter et traiter efficacement les anomalies de la vision avant qu’elles n’aient des conséquences définitives. Voici les moments-clés à ne pas manquer :

 

✅ A la naissance : examen de la lueur pupillaire (pour dépister les pathologies graves comme la cataracte congénitale, les colobomes chorio-rétiniens…)

✅ Vers 12-18 mois : dépistage du strabisme, examen des lueurs pupillaires (pour le dépistage primordial du rétinoblastome par exemple)

✅ Entre 3 et 4 ans : dépistage du strabisme, de la réfraction et de l’acuité visuelle

Les professionnels de santé (médecins généraliste, pédiatres, orthoptistes, ophtalmologistes) jouent un rôle fondamental dans ce parcours de dépistage.

Les traitements possibles

Lorsqu’un trouble visuel est identifié, plusieurs options thérapeutiques existent :

  • En cas de pathologie organique entrainant une privation une chirurgie est souvent nécessaire comme dans la cataracte congénitale, le ptosis…
  • Port de lunettes adaptées pour corriger les troubles de la réfraction (hypermétropie, myopie, astigmatisme)
  • Occlusion de l’œil sain pour stimuler l’œil amblyope, en prévention ou en traitement de l’amblyopie
  • Exercices orthoptiques pour améliorer la coordination des deux yeux

Un suivi régulier est essentiel pour ajuster les traitements et garantir une évolution favorable.

Conclusion : un enjeu de santé publique

Le dépistage visuel avant 6 ans est une priorité pour préserver la vision des enfants et leur offrir les meilleures chances de développement visuel. Un diagnostic tardif peut entraîner des conséquences irréversibles, alors qu’une prise en charge précoce avec un traitement simple permet une amélioration significative voire une guérison complète.

Même après 6 ans, il n’est jamais trop tard pour tenter d’améliorer la vision par des traitements adaptés. La plasticité du cerveau reste exploitable, bien que plus limitée.

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